Le premier semestre 2026 a mis les investisseurs à rude épreuve. Le conflit avec l'Iran a ravivé les tensions sur les prix de l'énergie, alimentant les anticipations d'inflation et modifiant les perspectives de résultats selon les secteurs. Parallèlement, l’intelligence artificielle poursuit sa transformation rapide de nombreuses industries. Et pourtant, pour les investisseurs capables de prendre du recul face à la volatilité, les arguments en faveur des obligations d'entreprise restent solides par rapport aux obligations d'État.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les obligations à haut rendement offrent actuellement des rendements d’environ 7 %, tandis que celles notées « investment grade » affichent des rendements supérieurs à 5 % en dollars américains. Dans un contexte où les valorisations boursières restent élevées et où les obligations souveraines n’offrent guère de protection face aux risques liés à la dégradation des finances publiques, ces niveaux de portage conservent tout leur intérêt. Dans notre scénario de référence, qui n'anticipe pas de récession, les investisseurs en obligations à haut rendement peuvent potentiellement gagner entre 7 et 9 % par an essentiellement grâce au portage, sans avoir besoin d'anticiper une évolution marquée des taux ou des spreads.
Pour autant, cette approche ne consiste pas à s'exposer indistinctement à l'ensemble du marché. La sélectivité joue un rôle plus important que jamais. Les mêmes facteurs macroéconomiques à l'origine des écarts de performance créent également des opportunités pour les investisseurs capables de distinguer une véritable détérioration du risque de crédit de simples difficultés sectorielles ou conjoncturelles.
Nous sommes optimistes vis-à-vis du secteur financier, qui continue de bénéficier d’un environnement de taux structurellement plus élevés, ainsi que du secteur de l’énergie, où les prix des matières premières restent élevés. Les biens de consommation et les télécommunications continuent par ailleurs d'apporter un profil plus défensif aux portefeuilles. En revanche, nous restons prudents sur les émetteurs les plus fragiles, notamment les obligations notées CCC. Ces entreprises font face à plusieurs facteurs défavorables : un ralentissement de leur croissance, un refinancement plus coûteux du fait des taux variables et des transformations structurelles qui pèsent sur leurs marges.
Le rôle que pourrait jouer le haut rendement dans une allocation est encore trop souvent sous-estimé. Nous considérons cette classe d’actifs sur les marchés développés, lorsqu'il est géré avec discipline, comme un pilier de la poche obligataire et une source de revenus durable. Notre positionnement actuel reflète notre confiance dans le contexte actuel des taux, tout en nous permettant de rester flexibles si les conditions de marché venaient à s’améliorer. Si les rendements des obligations à haut rendement devaient se rapprocher de 8,5 à 9 %, nous n'hésiterions pas à augmenter significativement cette allocation.
La duration reste également un sujet de vigilance Les inquiétudes liées au déficit budgétaire et le risque résiduel d’inflation lié au conflit avec l’Iran plaident en faveur d’une approche prudente sur la partie longue de la courbe. Notre approche est simple : lorsque les marchés anticipent deux baisses de taux, nous privilégions une duration plus courte ; lorsqu’ils anticipent deux hausses de taux, nous sommes davantage enclins à rallonger la duration, car le marché pourrait s’être trop éloigné de la réalité.
Comme c'est souvent le cas sur les marchés du crédit, et plus largement dans le secteur de l'investissement, la situation est nuancée. Mais le message sous-jacent est encourageant. Pour les investisseurs prêts à affronter cette complexité plutôt que de la fuir, le crédit mondial continue d'offrir ce qui fait sa force : des revenus réguliers et un potentiel de revalorisation supplémentaire si le cycle économique demeure favorable.


